A l'occasion d'une table ronde au Forum économique d'Istanbul, Emmanuel Moulin a évoqué les effets de la flambée des prix de l'énergie, tout en pointant l'absence de contagion économique globale, à ce stade.
Emmanuel Moulin, à Paris, le 9 juin 2026 ( AFP / LUDOVIC MARIN )
"Nous ne voyons pas d'effet de second tour". Lors d'une prise de parole en compagnie d'autres gouverneurs de banque centrale, le chef de file de la Banque de France a évoqué jeudi 8 octobre les conséquences du "choc inflationiste" causé par la guerre au Moyen-Orient, qui n'entraine toutefois pas pour l'heure l'ensemble de l'économie.
L'effet "de second tour" consiste en une spirale d'augmentation prix-salaires pouvant décupler les effets d'une inflation déjà existante. Cet effet implique que les entreprises augmentent les rémunérations, et répercutent en conséquence ces coûts supplémentaires sur leurs prix. Dans un tel cas, l'inflation peut ainsi se répandre à toutes les sphères de l'activité économique via les services et les salaires. A ce stade, l'économie globale échappe à ce cercle vicieux, avance ainsi le successeur de François Villeroy de Galhau.
"Nous constatons très peu d’effets indirects"
Malgré "le choc inflationniste" provoqué par la guerre au Moyen-Orient, on n'observe pas "d'effet de second tour" à ce stade, a ainsi déclaré le gouverneur de la Banque de France. "L’inflation (...) est clairement liée à 100% à l’énergie. Nous constatons très peu d’effets indirects. L’impact est très limité à ce stade et nous ne voyons pas d’effets de second tour" , a estimé Emmanuel Moulin, au Istanbul Economic Forum, jeudi matin.
En mai dernier, Emmanuel Moulin avait déjà jugé que "la hausse des prix du pétrole et du gaz a commencé à se transmettre aux autres prix du panier de consommation, notamment aux prix de certains services, même si nous ne voyons pas encore d'effets de second tour via les salaires".
Coup de chaud sur le pétrole et les taux
Le gouverneur de la banque centrale française a aussi relevé que "ce choc géopolitique" alimentait "un choc financier", observable notamment à travers la "forte corrélation entre le pétrole, les taux d’intérêt à long terme aux États-Unis et les taux d’intérêt en Europe". "C'est un des effets importants du choc géopolitique que nous sommes en train de vivre", a estimé M. Moulin, en réponse à une question sur la manière dont les banques centrales pouvaient - ou non - réagir aux chocs géopolitiques.
Graphique montrant l'évolution du prix moyen du litre de gazole dans l'Union européenne depuis 2005, selon les données hebdomadaires transmises par les autorités nationales à la Commission européenne ( AFP / Olivia BUGAULT )
Dans un entretien au Financial Times lundi, Emmanuel Moulin avait averti que la France risquait d'être "étranglée par les taux d'intérêt" si elle ne redressait pas ses finances publiques. Ce qui lui avait valu d'être accusé de "trahison" par le candidat LFI à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, pour qui ces propos revenaient à appeler implicitement les "spéculateurs" à sanctionner la France. "Je ne me laisserai pas intimider", "je continuerai à dire ce que je pense dans le cadre de mon mandat et pour défendre l'institution que je préside", a réagi mercredi M. Moulin.
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